Quels sont les projets de Namur déjà sur les rails en matière de ville intelligente ?

Maxime Prévot : « Dans tous les milieux - économiques, sociaux, professionnels, politiques, administratifs -, l’usage du numérique est un vecteur de développement et d’opportunités nouvelles, notamment en termes d’interactions avec le citoyen. Parmi les projets, figure Namur Innovative City Lab lancé en 2014 et soutenu par le Fonds européen de développement régional (FEDER ). Ce projet démontre le rôle de locomotive de l’innovation sociale de la capitale wallonne et sa volonté de profiter des opportunités de la révolution numérique en tant qu’enjeu de l’aménagement urbain. Dans son classement annuel, Agoria, la Fédération des industries technologiques, a désigné Namur en tant que 1re ville wallonne et 2e ville belge parmi les Smart Cities du pays. Ceci est le fruit de longues années de travail et constitue une incitation à ne pas se reposer sur ses lauriers. »

Comment cela se concrétise-t-il ?

M. P. : « A titre d’exemple, nous avons équipé une série de poubelles publiques d’une puce électronique, pour identifier en temps réel le taux de remplissage de chacune d’elles. On peut dès lors organiser les tournées de ramassage en fonction de l’urgence ou de la pertinence. Autre exemple : nous allons veiller à ce que les nouveaux abribus soient équipés d’appareils permettant aux utilisateurs de connaître en temps réel le moment où leur bus arrive. Les nouvelles technologies doivent permettre encore bien d’autres choses : le paiement électronique pour le stationnement via SMS ; le développement d’applications pour interagir avec le service Etat civil/Population ; le développement, comme c’est le cas dans la ville de Québec, d’une application téléchargeable qui permet aux utilisateurs de voir en temps réel la localisation des travaux, les fermetures de voirie, les places de parking disponibles... Il y a vraiment un large champ à développer. »

La ville intelligente est donc d’abord au service de la population…

M. P. : « Oui. Toutefois, pour opérationnaliser ce concept de ville intelligente et convaincre les gens de son intérêt, il faut bien faire comprendre qu’une ville numérique n’en fait pas pour autant d’office une ville intelligente. L’installation du Wi-Fi partout, c’est bien, mais ce n’est que le moyen d’atteindre une finalité… Ce n’est pas une finalité en soi ! La ville doit être intelligente en raison de la nature des interactions nouvelles suscitées par l’outil numérique. C’est dans cette optique qu’a aussi été créé le Namur Creativity Office, avec la Province, l’UCM et l’Université de Namur. L’objectif est de profiler la ville en tant que lieu d’excellence sur toutes ces réflexions et interactions entre technologies et société. A titre personnel, j’ai aussi toujours été très sensible à ces questions : après ma licence, j’ai fait une spécialisation en droit des nouvelles technologies ; en tant que bourgmestre, je m’implique dans cette thématique. »

Dans le fonctionnement de l’administration, comment cela traduit-il ?

M. P. : « Nous désirons nous inscrire dans une démarche « open data ». Nous disposons de données et de ressources confinées dans des silos souvent hermétiques, y compris entre services au sein de la même administration. Je me souviens d’une situation ubuesque quand j’étais échevin du Logement : il arrivait au service Etat civil/Population de domicilier des personnes dans un bâtiment dont je venais d’imposer la fermeture à la suite d’un problème de salubrité ! La main droite ne parlait pas toujours bien à la main gauche. C’est un point qui doit être amélioré. »

Il y a aussi la volonté de Namur de rétablir un quartier-pilote basse énergie…

M. P. : « C’est un projet porté par la régie foncière de la ville. Nous disposons à Jambes d’un plateau de plusieurs hectares. Nous allons inciter l’opérateur privé qui sera désigné à réaliser de l’habitat à basse consommation d’énergie et de conception durable, à l’image de ce qui a été réalisé à Bouge. La réflexion avec les promoteurs sur l’aménagement de grands ensembles fonciers doit s’inscrire impérativement dans les enjeux durables. »

Le reste de la ville va-t-il aussi bénéficier de cette politique durable ?

M. P. : « Avec ORES, l’Opérateur des réseaux gaz et électricité, nous allons remplacer les 13 000 poteaux électriques de notre territoire par des lampes LED. Ce sera à la fois une économie pour le budget de la ville, tout bon pour la planète et une opportunité pour les quartiers de disposer d’un éclairage opportun et sécurisant. Grâce à la détection automatique des éclairages défaillants, les riverains ne devront plus se mobiliser à grand renfort de pétitions pour signaler que cela fait six mois que telle lampe ne fonctionne plus ! »

Les quartiers sociaux sont, semble-t-il, l’une de vos priorités…

M. P. : « Effectivement ! Le défi est de requalifier une série de poches urbaines. Le beau amène le beau, le sale amène le sale ! Si vous laissez un bain de crasse s’accumuler dans un quartier, un passant n’a pas beaucoup de scrupules à jeter une canette en plus. Il faut investir et réinvestir dans les quartiers sociaux pour tirer le cadre de vie des personnes les plus précarisées vers le haut. Sous la précédente législature, nous avons introduit un projet du gouvernement wallon pour la requalification du Quartier Germinal, avec une aide de 5 millions d’euros. Il est nécessaire de réinvestir dans le mobilier urbain, l’équipement, les aires de sport, les logements, l’écoperformance… Ces quartiers doivent redevenir des havres de fierté et de paix pour les habitants. Dans cette démarche, le numérique a toute sa place. »

Et la participation citoyenne aussi ?

M. P. : « Notre démarche s’appuie non seulement sur le numérique, mais aussi sur l’intelligence partagée, autrement dit sur l’implication des citoyens. Pour chacun des projets, il y a des réunions d’information ; des panels de citoyens ont été créés pour les accompagner et recommander des aménagements. Exemple récent : la reconversion de l’ancien abattoir de Bomel en un lieu culturel. La démarche s’est faite en association avec les comités de quartier et les acteurs culturels. Cette transformation doit tirer le bénéfice de l’implication citoyenne et de l’opportunité technologique. »

Ne faut-il pas cependant encore accroître la mobilisation sur cette opportunité ?

M. P. : « Sur ces thématiques du numérique et de la Smart City, nous avons un devoir de lucidité : comparativement à d’autres pays, la Belgique accuse un retard certain. Il faut ouvrir les cerveaux et les rendre poreux à l’importance de ces enjeux. Bon nombre de décideurs publics n’ont pas encore mesuré l’intérêt du concept et le considèrent trop comme un joujou. Il y aura encore un gros travail à mener pour que les autorités publiques saisissent enfin son importance. »