« Les défis sont énormes, notamment celui de trouver des nouveaux mécanismes de financement. »

Pour le ministre, le défi (entièrement relevé) en matière de Pouvoirs locaux était de permettre aux communes d’entrer dans l’ère du management. « Retenons aussi la mise en place du PST, le Plan Stratégique Transversal, qui impose une obligation de réflexion à long terme sur l’utilisation des moyens financiers et humains. Une politique doit nécessairement se réfléchir à long terme. La gestion communale aujourd’hui, ce n’est plus une succession de budgets annuels. »

 

La gouvernance et la transparence ont-elles également occupé une place centrale ?

« Effectivement, un autre élément de taille était la gouvernance, notamment la mise en œuvre de toutes les règles sur les incompatibilités, maintenant fixées dans les textes. Il n’y a plus de dérives possibles en termes de nombre de mandats et de cumuls de rémunérations. Cela se traduit par exemple par une transparence totale, au niveau des intercommunales, dans les décisions des comités de rémunération aux administrateurs et dans les plafonnements des rémunérations. Je ne voulais plus que la Wallonie soit stigmatisée ou que l’on cache les vrais problèmes et les vrais défis derrière des problèmes de gouvernance. Sur ces sujets, nous sommes d’ailleurs cités en exemple dans l’ensemble des pays européens. À présent, il faut donner aux pouvoirs locaux le temps d’assimiler correctement toutes ces modifications. La législature qui commence sera, pour moi, l’ère de la stabilisation. »

 

Des difficultés budgétaires ont-elles  émaillé la précédente législature ?

« La situation économique des villes, communes et provinces est difficile. La première raison en est la modification des obligations comptables imposée par l’Europe, ce qu’on appelle le SEC2010. Ces obligations - c’est dramatique - assimilent les dépenses d’investissements à des dépenses courantes. Or, la dette des pouvoirs locaux, qui sont les premiers investisseurs publics du pays, est composée, à plus de 90 %, de dépenses d’investissements. C’est comme si on demandait à un citoyen d’acquérir sa propre maison sur son budget d’une seule année ! Pour s’en sortir, il faut trouver de nouveaux mécanismes de financement. Le défi est énorme ! La deuxième raison, essentiellement budgétaire, est le transfert de charges du fédéral vers le local dans des matières comme les exclusions du chômage et le transfert des allocations vers les CPAS, le défi des pensions, la police et les services incendie. »

 

Quelles mesures ont été prises pour faire face à cette situation ?

« Face à cette situation, la Wallonie a déjà posé des gestes forts. Un : le maintien d’un mécanisme de financement du fond des communes et du fonds de l’aide sociale, alors que la Région fait  des économies dans tous les secteurs. Deux : un encadrement encore plus drastique - via une circulaire que je mets sur la table - des dérapages qui pourraient provenir des finances locales, notamment en imposant des paliers d’investissements. Je souhaite un geste fort du même ordre de la part des négociateurs fédéraux. Il ne faudrait pas que le fédéral trouve une partie des 17 milliards d’euros d’économie, qu’il cherche aujourd’hui, en transférant des charges sur les communes et indirectement sur la Région. Ce serait une forme de régionalisation larvée. »

 

Quelles sont les pistes pour faire des économies ?

« Dans le contexte actuel, les provinces devraient aujourd’hui orienter leurs budgets vers l’aide aux finances locales, en prenant à leur charge des coûts assumés par les communes, comme les services incendie, en partie, ou la gestion des cours d’eau. Une autre piste est la simplification, déjà entamée, de nos structures. À cet égard, la Déclaration de Politique Régionale contient une idée révolutionnaire : la possibilité de fusion entre les communes et les CPAS. Ce changement total de paradigme, qui va faire couler beaucoup d’encre, est une opportunité formidable de réaliser des économies d’échelle importantes, en tout cas dans des communes de taille moyenne. »